Christiane Singer

par Mathilde Dromard  -  26 Janvier 2014, 22:53

- Christiane Singer -

"La réponse est toujours oui."

Oui a la vie qui nous traverse, oui a cet élan qui change souvent de forme et qui nous pousse a faire l'expérience de nous même à tout instant.

Christiane a ceci de commun avec Christian (Bobin), que quand je lis ce qu'elle écrit j'ai la sensation d'être en connexion avec la substance de la vie. De comprendre, au sens spirituel plutôt qu'intellectuel, quelque chose d'essentiel.

C'est comme si je rencontrais ces personnes, par leurs écrits ou par leur art, toujours au bon moment. Leur parole, leur vision vient me confirmer une sensation ténue, m'ouvrir une perspective nouvelle, m'aider à intégrer, accepter quelque chose que je vis. L'éclairer de leur expérience. Tout en me laissant en faire la mienne.

Ils me sont précieux.

Christiane Singer a une élégance, mariée à une humilité devant ce qu'elle vit, qui m'inspire.

Et cet élan de partager, de dire, d'être reliés aux autres.

Parce qu'à mon goût écouter sa générosité, la sentir dans son œil, est aussi beau et important que la lire, je partage une vidéo aussi.

"Ne jamais oublier d'aimer exagérément, c'est la seule bonne mesure."

"Ce qui doit donner de la lumière doit brûler !" Viktor Frankl

Voilà quelques extraits de Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies

5. PRIMA MATERIA

(...) Et pendant des années tu vas œuvrer, marner, gratter, t'acharner à faire régner plus d'ordre, à transformer les uns, les autres. Car peu à peu ton obstination ne te laissera plus voir qu'une seule échappée au désordre grandissant : changer l'autre ! changer les autres ! ton mari, ta femme, tes enfants, ta belle-famille, tous les réfractaires !

Puisse le ciel t'épargner d'y réussir pour de bon !

Le monde est hanté de tous ces êtres détournés d'eux-mêmes et trafiqués par d'autres comme des moteurs de voitures volées !

Que s'est-il passé?

Car il n'y a pas à en douter : l'intention était bonne au départ.

Simplement : un terrible malentendu a eu lieu. C'est la nature de ta tâche qui t'a échappé.

Tu t'es trompé de prima materia.

L'oeuvre qui t'était confiée n'était pas l'autre, c'était toi !

C'était à ton humanité, à ta loyauté que tu étais invité à travailler, pas à celles de l'autre !

L'espace qui t'était confié était seulement le lieu où tu te tiens debout - le lieu où chaque jour de neuf ta fiabilité est mise à l'épreuve.

(...) Choc ! Terrible choc !

L'efficacité forcenée va devoir changer de cible ! C'est au mille de ton propre cœur que l'archer de la métamorphose s'apprête à lâcher sa flèche.

Tu cries. Tu hurles.

Ne s'agit-il pas d'une terrifiante erreur judiciaire? N'était-ce pourtant pas l'autre qui...

(...) Une fois l'enfer de la désillusion traversé, voilà que tu atteins l'autre rive. Brûlé(e). Evidé(e). Nu(e).

(...) Dans le royaume où tu es parvenu, que reste-t-il encore à craindre, à attendre puisque tout ce que tu rencontres ne vise désormais que ton apprentissage, le tien !

(...) Ici on aime pour aimer. On sert pour servir. On vit pour être en vie.

Ni plus ni moins.

(...) L'un après l'autre s'écartent les rideaux des apparences, les illusions de succès ou d'échec, les sympathies ou les antipathies.

Les obstacles eux-mêmes se transforment en amis et se disposent en une haie d'honneur au milieu de laquelle tu avances en riant vers de mystérieuses noces. Tu n'y crois pas? Avance seulement.

L'amour ne connaît qu'un seul but quand il te rencontre : lui-même. Venir au monde encore une fois à travers toi. Se donner à travers toi une chance de plus. Tu es convié à aimer et à servir pour que sur terre soient l'amour et le service.

Tu es convié.

Tu n'es pas même obligé.

Un simple service d'honneur.

Voilà tout.

Ni plus mais ni moins.

7. FIDÉLITÉ(S) I

(...) La première de toutes les fidélités, nous la devons à la vie qui est en nous. Cette fidélité là, à certains moments cruciaux peut ressembler, vue du dehors, à une infidélité.

Consciemment ou inconsciemment n'avons-nous pas fait le serment de ne pas laisser s'embourber dans l'insignifiance cette vie qui nous a été transmise par le sacre de la naissance ?

Chaque fois que le danger rôde de la perdre en futilités, en broutilles, chaque fois que l’anesthésie la gagne ou que l’asphyxie la plombe, comment ne pas réagir ? Comment ne pas courir ouvrir les portes et les vantaux ?

Il y a des appels dans l'ordre du quotidien (un besoin de solitude - un désir de voyage, de repli, de recul, de retraite - une amitié ardente) qui signifient à l'autre :

" Tu m'as aimé pour cette vie qui m'habitait. Elle menace de tarir. Pour la refaire jaillir je dois faire ce qui peut-être t'effraie ; mais je dois le faire par respect pour moi et pour toi."

(...)

"Veuillez, monsieur, ne pas nous imposer une forme de bonheur qui n'est pas la nôtre."

(...) Jamais quoi que je fasse je ne serai celui ou celle qui mâche ton pain, boit ton eau, jamais je ne respirerai pour toi. Jamais ta peau ne m'invitera à m'y glisser. Jamais je ne tisserai pour toi les fils de tes rêves ni de tes pensées. Et comme tu étais seul à ta naissance, tu seras seul devant ta mort et seul, mille fois, dans les nuits d'insomnie quand un chien aboie au loin ou quand une voix que tu es seul à entendre t'appelles.

Vouloir me perdre en toi, me jeter e toi, corps et biens, avec tous mes meubles et mes trésors. T'envahir. Te combler. Te faire gardien de mes propriétés ! Il n'est pire cruauté.

Car tu as une vocation, unique, une oeuvre à mener à bien.

Toi-même.

Et pour cela, il te faut tout l'espace qui est en toi.

(...) Le cadeau que je peux te faire, c'est de retirer de toi toute la volonté de transformation que j'y ai mise - par zèle ou par ignorance - la retirer de toi pour la remettre où elle a sa vraie place : en moi.

Ainsi nous protégerons l'un et l'autre le secret lent et silencieux de nos gestations.

Christiane Singer